Intervention scolaire

Poésie et accès à la langue française pour les jeunes sourds. L’expérience du lycée Joffre à Montpellier.

L’éducation des personnes sourdes de naissance est, depuis plus d’un siècle en France, basée sur un processus d’oralisation qui tend à exclure la LSF.

Ce processus éducatif, pour des raisons trop complexes pour être détaillées ici, ne prend que peu en compte l’accès à l’écrit. On constate chez beaucoup de personnes sourdes de grandes difficultés de lecture et d’écriture, d’accès à la littérature et à la poésie. Les écritures contemporaines sont, pour la plupart d’entre eux, une terre inconnue.

Nous avons cherché comment donner à ces personnes et plus particulièrement aux jeunes sourds l’envie d’ouvrir un livre, l’envie de travailler et utiliser le français écrit que la plupart maitrisent très mal, comment leur donner accès à la littérature et plus particulièrement à la poésie.

L’évidence était de partir de leur langue, la langue des signes, et de travailler à la traduction de la poésie en LSF pour donner aux jeunes sourds un accès immédiat au texte puis de travailler la création poétique dans les deux langues : français et LSF. Ainsi nous permettons aux élèves d’améliorer leur accès à la poésie et la littérature, principalement la poésie contemporaine, et nous favorisons la rencontre entre élèves sourds et entendants et la découverte de la LSF par ces derniers.

Faire découvrir la langue des signes aux élèves entendants et ainsi installer un échange permet aux élèves sourds d’approfondir leur connaissance du français. Engager l’ensemble des élèves dans un processus de création poétique c’est permettre de passer d’une langue à l’autre et de jouer avec les deux. Nous impulsons également une réflexion sur la traduction, l’interprétation et ce qu’une langue révèle de la culture qui la porte.

La langue française et la LSF sont nées dans un même pays, une même culture mais elles sont chacune l’expression d’un rapport sensoriel particulier au monde et principalement aux mondes sonore et visuel. Cette différence a induit pour chacune des langues des formes syntaxiques, des modes de fonctionnements particuliers. Chacune à sa logique et ses lignes de force. Ce sont ces particularités dont nous nous servons comme support de jeu, de communication, de création.

Il ne s’agit pas d’apprendre la LSF ou le français mais d’approcher la réalité de ces deux langues et de jouer avec pour créer des textes à la fois écrits et « signés ».

Depuis trois ans Brigitte Baumié anime des ateliers au Lycée Joffre de Montpellier avec des élèves entendants et les élèves des classes de 2de du CESDA 34. En 2011 les ateliers ont été réalisés en collaboration avec les professeurs de français Christiane Pagès et Valérie Katkoff, et Marie Lamothe, interprète de Des’L.

Les élèves sourds et entendants y travaillent ensemble sur la création de poèmes en français et en LSF. Les ateliers sont aussi l’occasion de rencontres avec des poètes sourds ou entendants (en 2011 nous avons reçu Hawad, Yves Gaudin, Levent Beskardès…)

Ce projet « des signes et des mots » a rencontré une adhésion forte des élèves, des enseignants et de la direction du Lycée. Il a abouti en 2011 à une mise en spectacle des travaux réalisés par les élèves.

Le travail de passage poétique d’une langue à l’autre, le lien affectif qui se crée entre le texte et son traducteur permettent un accès aux finesses de la langue par une pédagogie de la sensibilité.

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